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À vrai dire, ça dépend.

En matière d'identité nationale, les Canadiens ont l'épiderme sensible. Depuis toujours en effet, leur position historique et géographique les place quelque part entre l'Angleterre et les États-Unis. Ils sont périodiquement saisis d'épisodes de nationalisme exacerbé, ce qui s'est vraiment produit pour la dernière fois au moment des Jeux olympiques d'hiver à Vancouver. Les Jeux de Sochi, qui auront lieu dans moins de six mois, devraient être l'occasion de la prochaine manifestation de ce phénomène.

Qu'est-ce que tout cela signifie?  Nous tenons à nos symboles nationaux comme à la prunelle de nos yeux : le hockey, la feuille d'érable, le canot. Et HBC. Eh oui, de nombreux Canadiens considèrent que la Compagnie de la Baie d'Hudson fait partie de leur identité nationale. Si vous en doutez, voici la preuve scientifique.

En 2011, le Martin Prosperity Institute a désigné Moncton comme la plus «canadienne» des villes du pays. Le nombre de magasins de HBC situés dans la communauté était l'un des critères.

«Pour célébrer la fête du Canada, le Martin Prosperity Institute a mis au point un outil de mesure comportant huit critères intrinsèquement «canadiens» (par 100 000 résidents), au moyen d'un éventail de sources de données : nombre de brasseries, nombre d'établissements Tim Horton, nombre de producteurs de sirop d'érable, nombre de magasins de fourrures, pourcentage des travailleurs œuvrant dans l'industrie forestière ou les secteurs des pêches ou de la ferme, nombre de magasins de la Compagnie de la Baie d'Hudson (la Baie, Zellers, Déco Découverte), et équipes de la LCH et de la LNH (une équipe de la LNH vaut deux fois plus qu'une équipe de la CLH), le tout par région métropolitaine de recensement et par agglomération de recensement.»

Par conséquent, la récente annoncede l'acquisition par HBC du détaillant américain haut de gamme Saks d'ici à la fin de l'exercice sera certainement perçue comme une menace par certaines personnes, qui y verront une preuve de plus de l'érosion continue de l'identité canadienne de la Compagnie. Mais jusqu'à quel point cette perception est-elle exacte?

HBC est la plus ancienne société commerciale au Canada, n'est-ce pas?  Oui et non. Oui, elle est ici depuis toujours, du moins c'est l'impression qu'on a. Mais à quel point cette entreprise historique était-elle canadienne?  La réponse à cette question est : assez peu. Au cours de ses 300 premières années d'existence, elle appartient à des Britanniques et est exploitée par des Britanniques. Tout comme les pelleteries, les bénéfices traversent l'océan pendant une très longue période.

Faisons un grand bond dans le temps pour nous retrouver en 1970, début du quatrième centenaire d'existence de la Compagnie. L'année du 300e anniversaire de sa fondation, elle devient enfin société canadienne. Son siège social déménage au Canada, sa charte est modifiée en vertu de la loi canadienne sur les sociétés; mais surtout sa propriété passe d'une prédominance britannique (environ 85 % en 1970) à canadienne (approximativement 55 % en 1974). Il était temps!  C'est ce qui explique l'indignation exprimée dans certains milieux au moment de la vente de la Compagnie à des Américains en 2006. De nombreux Canadiens se sont désolés de la perte de «leur» entreprise emblématique aux mains de ces satanés Américains. Les Britanniques, qui se rappellent avoir éprouvé un sentiment équivalent en 1970, les comprendraient sûrement.

Aujourd'hui, les liens qui nous unissent aux Américains sont plus forts que jamais. Les propriétaires de l'entreprise sont Américains mais en plus, l'expansion de la Compagnie se fait de plus en plus au sud de la frontière. Il y a d'abord eu Lord & Taylor, plus ancien détaillant américain, et maintenant Saks. HBC se transforme en géant international du commerce de détail. Avec son assise solide en Amérique du Nord, elle commence à attirer l'attention partout au monde avec La Baie d'Hudson, sa marque emblématique. Sa riche histoire et l'esprit d'aventure qui sous-tendent tout ce qu'elle entreprend représentent sa carte de visite dans le reste du monde. Mais est-elle encore canadienne?

Eh bien, pas si nous basons notre réponse uniquement sur la propriété. Mais si on élargit les critères, la Compagnie de la Baie d'Hudson demeure résolument une entreprise canadienne, qui donne du travail à des milliers de Canadiens et qui est imbriquée de façon si étroite dans l'histoire de la nation qu'il n'y a d'équivalent nulle part au monde. Partout au pays, les écoliers apprennent l'histoire de la Compagnie. De même, les couvertures HBC, toujours fabriquées en Angleterre, demeurent le cadeau canadien par excellence, que le gouvernement fédéral offre aux dignitaires étrangers en visite. Et finalement, les rayures HBC, reconnues dans le monde entier, signifient «Canada» pour le reste de la planète.

Autrement dit, HBC fait réellement partie du profil génétique des Canadiens.

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