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Voyageurs en canot passant prs d'une chute, Ontario, 1869

Voyageurs en canot passant près d'une chute, Ontario, 1869
Frances Anne Hopkins/
Bibliothèque et Archives Canada/C-002771

Les canots sont le principal moyen de transport pendant la traite des fourrures. La géographie du Canada, enchevêtrement de fleuves, de rivières et de lacs, fait du canot un incontournable. Les cours d’eau qui traversent le pays constituent des voies rapides efficaces qui permettent de parcourir de vastes distances.

Embarcation idéale pour naviguer sur les cours d’eau d’Amérique du Nord, le canot avait été perfectionné par les Premières nations. Les Algonquins des régions forestières de l’Est sont étroitement associés au canot d’écorce que nous connaissons aujourd’hui. Fabriqué d’écorce de bouleau et d’autres matériaux facilement accessibles, il était très léger – il pesait moins de 136 kilos, ou 300 livres, et deux fois plus quand il était humide – et pouvait permettre de transporter plusieurs fois son poids en marchandises. Aisément maniable, il pouvait être portagé facilement et utilisé dans les eaux vives les plus tumultueuses. Le grand inconvénient du canot d’écorce était sa fragilité. À la moindre erreur de jugement au cours de la traversée de rapides, il pouvait aller donner contre un rocher et être perforé. Le canot est vite devenu le principal moyen de transport pour toute personne qui parcourait de grandes distances dans les régions sauvages.

Le ngociant en chef Archibald McDonald descend le Fraser, 1828, par Adam Sherriff Scott, vers 1942

Le négociant en chef Archibald McDonald descend le Fraser, 1828, par Adam Sherriff Scott, vers 1942

Deux types de canots sont utilisés fréquemment par HBC à cette époque. Le canot du maître (parfois appelé canot de Montréal) est le plus gros des deux. D’environ 12 mètres de long, et avec un équipage de 10 à 12 pagayeurs, il peut être porté par quatre hommes et transporter une charge d’environ trois tonnes. Il est souvent utilisé pour les trajets sur le Saint-Laurent en direction de la tête des Grands Lacs. Le canot du nord, plus petit avec ses 7 mètres de long, et suffisamment léger pour être porté par deux hommes, ne nécessite qu’un équipage de six à huit hommes. Il est utilisé dans l’Ouest en raison des rivières fougueuses et des nombreux portages que l’on doit effectuer; cependant comme il est plus petit, il ne peut transporter plus d’une tonne et demie de marchandises. Le canot du nord est utilisé de Fort Vancouver sur le fleuve Columbia, dans la région maintenant appelé Oregon, pour se rendre au pays de l’Athabaska. Un troisième type d’embarcation est utilisé, le canot bâtard ou canot léger, d’environ 5 mètres de long. Il sert à transporter les gens importants, les rapports et les nouvelles aux différents postes de traite dans le Nord-ouest. George Simpson a voyagé dans l’ensemble du continent dans ce genre de canot, établissant des records de distances parcourues.

Les canots de la Compagnie ont un équipage de pagayeurs professionnels appelés voyageurs; il s’agit presque exclusivement de Canadiens français, comme en témoigne la terminologie. Recrutés par contrat pour leur expérience de pagayeur, ces hommes ont un mode de vie très difficile, pagayant jusqu’à 14 heures par jour. Fait intéressant : les canots bâtards de George Simpson étaient pagayés par des équipages d’élite constitus d’Iroquois (ou Mohawks) de la région de Montréal.

Les membres de l’équipage ont un rôle distinct selon l’endroit où ils sont assis dans le canot. L’avant (le rameur de proue, ou voyageur à la tête du canot) est assis à la poupe du canot et agit à titre de navigateur et de guide. Le gouvernail ou timonier, est assis ou debout à la poupe (arrière) du canot et dirige l’embarcation selon les instructions de l’avant. Le milieu est assis et pagaie. Les milieux sont les membres de l’équipage les moins expérimentés et, après avoir maîtrisé la technique, peuvent aspirer au poste de timonier. En raison de l’habileté et de l’expérience nécessaires, l’avant et le gouvernail sont payés deux fois plus que les milieux. Un conducteur, ou pilote, auquel tous doivent obéir, est désigné pour un groupe de 4 à 6 canots.

Voyageurs canadiens transportant un canot dans des rapides

Voyageurs canadiens transportant un canot dans des rapides
William Henry Bartlett/
Bibliothèque et Archives Canada/C-008373

La vitesse habituelle sur les lacs était d’environ 40 coups de pagaie la minute, ce qui propulsait les canots à une vitesse d’environ cinq milles à l’heure. Le canot bâtard pouvait atteindre une vitesse deux fois plus grande. À cette vitesse, on pouvait parcourir environ 100 milles, ou 160 kilomètres en une journée. Cependant une telle vitesse n’était pas possible sur les rivières vives du Nord-ouest, où le trajet était souvent interrompu par des rapides nécessitant des portages.

Un portage est un arrêt où le canot et son chargement doivent être transportés par voie terrestre. Lorsque le canot est tiré à sec, il est déchargé et l’avant et le timonier le transportent sur leurs épaules, suivis des membres de l’équipage. Les voyageurs transportent les marchandises au moyen d’une courroie de portage, bande de cuir passée sur le front puis à l’arrière autour du fardeau. À chaque portage, les voyageurs doivent porter au moins deux paquets de 90 livres. Parfois, il n’est pas nécessaire de portager pour contourner un obstacle, il suffit en effet seulement d’alléger le canot en retirant une partie de la cargaison. Il s’agit d’une décharge : le canot est alors toué à travers les rapides au moyen de cordes ou de câbles.