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Bateaux d'York de la Compagnie de la Baie d'Hudson Norway House, par Walter J. Phillips, 1928

Bateaux d'York de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Norway House, par Walter J. Phillips, 1928

Pendant plus d’un siècle, le bateau d’York a été le principal moyen de transport entre les postes de traite des régions intérieures et York Factory, principal point de transbordement à l’embouchure de la rivière Hayes sur la baie d’Hudson. Désignés d’après leur destination finale, les premiers modèles de l’embarcation sont utilisés en 1746 à Fort Albany. Après 1821, le bateau d’York remplace progressivement le canot pour le transport des marchandises. Il peut en effet transporter une charge supérieure : plus de quatre tonnes de marchandises, c’est-à-dire environ trois fois la capacité du plus gros canot du nord.

Conçus d’après un ancien modèle de bateau des Orcades, lui-même inspiré du drakkar viking, les bateaux d’York sont construits par des hommes des Orcades recrutés expressément pour leurs compétences en construction navale. Dans de nombreux postes, des hommes sont affectés à la construction de bateaux. On utilise pour la construction le bois de la région et du fer importé travaillé par le forgeron du poste. Ces bateaux longs et à fond plat ont une proue et une poupe courbées vers le haut à un angle de 45 degrés, ce qui facilite l’accostage sur les plages et permet de les dégager des barres de sable.

Bateau d'York, Split Lake, nord du Manitoba, 1928. R.A. Talbot

Bateau d'York, Split Lake, nord du Manitoba, 1928. R.A. Talbot
ACBH 1987/363-Y-2/65

L’équipage compte de six à huit rameurs actionnant des rames de plus de 6 mètres de long et pesant un peu plus de 11 kilos. Pour faire un contrepoids, les rameurs s’assoient sur le coté opposé à la dame de nage. Ils se tiennent debout pour pousser la rame et s’assoient pour la ramener. Grâce à leur seule force brute, les hommes se déplacent d’un poste à l’autre, ramant souvent jusqu’à seize heures par jour. Lorsque les cours d’eau sont peu profonds, on pousse les bateaux à l’aide des rames; dans les eaux vives, ils sont tirés avec deux cordes par les membres d’équipage placés le long de la rive. Lorsqu’il y a un vent arrière, on hisse une voile carrée, au grand soulagement des rameurs. En eaux libres, le bateau d’York est équipé d’un mât d’environ 2,7 mètres, qui peut être démonté, et d’une grande voile carrée. La voile permet non seulement de naviguer sur de grands fleuves ou lacs, mais elle sert également de tente le soir. Le bateau typique a une longueur totale de 12,6 m, une quille de 9,1 m et une profondeur intérieure de 0,9m. Sa durée d’utilisation est d’environ trois ans; il doit ensuite être remplacé.

Construits à clin, en gros bois d’oeuvre, chaque bordé chevauchant le suivant, ces bateaux sont solides. S’ils peuvent supporter les eaux tumultueuses des rivières du nord, il est cependant difficile, mais pas impossible, de les portager. Les bateaux sont tirés et roulés sur des billots à l’aide de cordes le long de pistes déjà défrichées. Comme les bateaux voyagent en brigade, il y a toujours suffisamment d’hommes pour accomplir ce travail. De plus, des tramways forestiers sont déjà en place et peuvent être utilisés pour déplacer les bateaux. Il est toujours possible de voir aujourd’hui des vestiges de ces voies, notamment au Portage Robinson; les vestiges y sont particulièrement bien conservés et on peut apercevoir les voies qui permettaient de transporter les bateaux de façon à contourner les rapides.

Bateaux d'York prés de Norway House (Manitoba), 1913. R.A. Talbot

Bateaux d'York près de Norway House (Manitoba), 1913. R.A. Talbot
ACBH 1987/363-Y-2/56

Les bateaux d’York sont très bien adaptés aux conditions nordiques et peuvent voyager par gros temps, les glaces en marche n’ayant aucune prise sur eux. Pour les longs voyages en provenance du sud, on développe un système intéressant de transport de marchandises : chaque bateau transporte exclusivement une catégorie de marchandises, par exemple de la farine, du tabac ou des munitions. Les bateaux naviguent en groupe et constituent ainsi un important convoi, spectacle intéressant pour les Dénés dont les campements se trouvent le long du fleuve Mackenzie et qui ne sont pas habitués à de telles flottilles.

La dernière brigade de bateaux d’York est arrivée à York Factory au début des années 1870. La venue du chemin de fer dans l’ouest et le déclin de York Factory, ont rendu leur disparition inévitable. Mais, dans la communauté autochtone de Norway House au Manitoba, à l’extrémité nord du lac Winnipeg, on célèbre toujours leur héritage chaque année. Le festival d’été York Boat Days, commémorant l'époque du commerce des fourrures, attire de nombreuses personnes à Norway House. Les courses de bateaux d’York, où hommes, femmes et adolescents s’affrontent, sont la principale attraction.

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